La dépression chronique sévère est une affection reconnue par les MDPH françaises au même titre que toute autre pathologie invalidante. Pourtant, c'est l'un des dossiers les plus mal préparés et les plus refusés en première instance. Raison principale : sous-estimation du retentissement fonctionnel par les demandeurs eux-mêmes et manque de précision dans le certificat médical.
Cet article explique précisément les critères d'évaluation MDPH pour la dépression, le contenu attendu du certificat médical, et donne un exemple structuré de projet de vie adapté. Il est destiné aux personnes qui envisagent une demande d'AAH ou de RQTH pour dépression chronique.
La dépression vue par la MDPH : cadre réglementaire
Le guide-barème annexé au décret du 4 novembre 1993 classe les troubles psychiques dans son chapitre VI. La dépression chronique sévère y est explicitement mentionnée. Le taux d'incapacité dépend du retentissement fonctionnel évalué selon trois axes : autonomie dans les actes essentiels, vie sociale et relationnelle, capacité à exercer une activité professionnelle (source : service-public.fr).
| Tranche de taux | Retentissement | Droit ouvert |
|---|---|---|
| < 50 % | Gêne notable mais autonomie préservée | Aucun (pas d'AAH, RQTH possible) |
| 50 % à 79 % | Restriction réelle, autonomie partielle | AAH possible si RSDA reconnue + RQTH |
| ≥ 80 % | Retentissement majeur, perte d'autonomie | AAH de plein droit + CMI |
Les critères concrets d'évaluation
Le médecin évaluateur de la MDPH s'appuie sur un faisceau d'indices. Plus votre dossier les documente précisément, plus l'évaluation sera juste. Les principaux critères retenus :
- Durée du trouble : au moins 1 an d'évolution documentée, avec pronostic défavorable à court terme.
- Sévérité clinique : épisodes dépressifs majeurs récurrents (DSM-5 / CIM-11), idéations suicidaires, hospitalisations.
- Échec des traitements : au moins 2 lignes d'antidépresseurs essayées, voire dépression résistante (TRD).
- Retentissement fonctionnel : difficultés à se lever, se laver, manger, sortir, communiquer.
- Retentissement professionnel : arrêts de travail répétés, inaptitude, perte d'emploi liée à la pathologie.
- Comorbidités : anxiété, addictions, troubles du sommeil sévères, douleurs somatiques.
Le certificat médical Cerfa 15695-01
C'est le document central. Il doit être rempli par votre médecin traitant ou votre psychiatre, idéalement les deux. Un certificat trop succinct (« Patient suivi pour dépression depuis 2 ans, demande AAH ») garantit le refus. Un certificat précis et chiffré change radicalement l'évaluation.
Les rubriques à ne pas négliger
- 1Diagnostic précis (épisode dépressif majeur récurrent, dépression résistante, dysthymie chronique) avec code CIM-11.
- 2Date de début et évolution : 1ère consultation, hospitalisations, périodes de rémission/rechute.
- 3Traitements en cours et antécédents : noms, doses, durée, raison d'arrêt si applicable.
- 4Échelles cliniques : score MADRS ou HAMD si disponible (objective la sévérité).
- 5Retentissement coté sur 3 niveaux pour chaque domaine : hygiène, alimentation, sommeil, relations sociales, travail, démarches administratives.
- 6Pronostic : réalistement défavorable à 1 an minimum.
- 7Mention explicite du caractère « durable et substantiel » de la restriction si vous visez la RSDA.
Le projet de vie : structurer son récit
Le projet de vie est rédigé par vous, à la première personne. Il vient compléter le certificat médical en montrant l'impact réel de la maladie au quotidien. Pour la dépression, il est essentiel d'objectiver des situations concrètes plutôt que de rester dans le ressenti général.
Structure recommandée pour un projet de vie « dépression »
- 1Une page A : présentation de la pathologie et de votre parcours médical (chronologie des soins).
- 2Une page B : description d'une journée type — heure de lever, capacité à se laver, à manger, à sortir, à interagir.
- 3Une page C : impact professionnel — postes occupés, motifs d'arrêt, tentatives de reprise, échecs.
- 4Une page D : impact social — isolement, perte des amis, gestion des démarches administratives, relations familiales.
- 5Une page E : aides demandées et pourquoi (AAH pour vivre, RQTH pour aménagement de poste, PCH si besoin d'aide humaine).
Quel montant AAH attendre pour une dépression ?
Si la CDAPH retient un taux ≥ 80 %, vous percevez l'AAH à taux plein, soit jusqu'à 1 044 €/mois en 2026 (selon vos ressources). Si elle retient un taux entre 50 et 79 % avec RSDA, idem : 1 044 €/mois max. La différence se joue sur la durée d'attribution et la facilité de renouvellement, généralement plus longue avec un taux ≥ 80 %.
| Décision CDAPH | AAH possible | Durée typique | Renouvellement |
|---|---|---|---|
| Taux ≥ 80 % | Oui, plein droit | 5 à 10 ans | Plus simple |
| Taux 50-79 % + RSDA | Oui | 1 à 5 ans | Réévaluation chaque échéance |
| Taux 50-79 % sans RSDA | Non (RQTH possible) | 1 à 5 ans pour RQTH | Réévaluation |
| Taux < 50 % | Non | — | Aucune aide MDPH financière |
Et le burn-out ?
Le burn-out (épuisement professionnel) n'est pas en soi une catégorie reconnue par le guide-barème, mais il évolue souvent en dépression caractérisée. Si l'épisode dépressif consécutif au burn-out se prolonge au-delà d'un an avec un retentissement fonctionnel important, les conditions d'AAH peuvent être réunies. Le dossier doit alors documenter à la fois le déclencheur professionnel et la chronicisation.
Erreurs fréquentes à éviter
- Ne pas joindre le certificat médical détaillé (refus quasi automatique).
- Minimiser ses difficultés par pudeur — la MDPH évalue ce qui est documenté, pas ce que vous pensez « normal ».
- Oublier de joindre les comptes-rendus d'hospitalisation et les ordonnances en cours.
- Rédiger un projet de vie générique copié sur internet — la MDPH le détecte immédiatement.
- Demander uniquement l'AAH sans cocher RQTH et PCH si vous y êtes éligible — il faut tout cocher.
Préparer un dossier MDPH dépression solide
Voir le Guide MDPH — 49 €Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou médical individualisé. Klari n'est pas un service public et n'est pas affilié à la MDPH ni à la CAF. Pour les situations complexes, nous orientons vers un avocat partenaire spécialisé.


